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Dogman

Sélection officielle - Compétition
Italie / sortie le 11.07.2018


CHIENNE DE VIE





"Je vais te tuer. Ouvre !"

Dans une périphérie urbaine non identifiée, un toiletteur pour chiens naïf et pas très malin se retrouve aux prises avec la brute locale, un dénommé Simoncino qui ne comprend que la violence, celle qu’il exerce sans partage sur tous ceux qui l’entourent. Malfrat sans envergure et sans cerveau, l’individu carbure à la cocaïne et aux cambriolages minables dans lesquels il entraîne malgré lui le malheureux Marcello.

Matteo Garrone filme de manière très elliptique les aléas puis les conséquences (forcément dramatiques) de cette association involontaire dont on comprend très rapidement où elle va mener le protagoniste principal. Lui, en revanche, ne semble pas s’en rendre compte, ce qui est un réel problème de scénario. Même avec la meilleure volonté du monde, on a du mal à croire à ce personnage monolithique qui ne voit jamais plus loin que le bout de son nez et pèche sans cesse par excès d’optimisme, si ce n’est de bêtise. Ses motivations nous demeurent ainsi relativement opaques (accepter de tout perdre contre la promesse bien incertaine de 10 000 euros), et ne semblent s’expliquer que par les besoins du scénario.

C’est que Matteo Garrone ne cherche aucun réalisme. Comme souvent dans ses films, il vise plutôt l’allégorie, ou la métaphore, en proposant un conte désenchanté sur les faibles et les opprimés pour toujours soumis aux brutaux et aux forts et qui, au lieu de se rebeller, finissent par rêver de leur ressembler. On peut comprendre l’image : la force brute versus la douceur, l’absence de dialogue possible versus la délicatesse du langage. Et si Simoncino n’a pas la moindre lueur d’intelligence, Marcello ne brille pas non plus par son intellect. Garrone met ainsi en scène la force physique qui séduit les plus simples et les plus (intellectuellement) démunis, incapables de se défendre physiquement comme moralement. La violence comme mode de fonctionnement social devient alors non seulement une référence commune, mais aussi une aspiration légitime en tant que telle, pensée comme un facteur d’ascension sociale.

A travers cette contamination inéluctable de valeurs qui sont à l’opposé du dialogue démocratique et du vivre ensemble républicain, Matteo Garrone nous parle bien sûr de l’Italie contemporaine, et d’une part importante du monde attirée et même parfois convaincue par les populismes de toutes sortes. On voit alors dans le film la métaphore plutôt épaisse d’un système brutal qui l’emporte à tous les coups : soit en violentant ses opposants, soit en les recrutant. Ainsi, plus Marcello tente de reprendre sa vie en mains (notamment dans la 2e partie du film), plus il s’aperçoit qu’il ne maîtrise rien et n’a aucune prise sur son propre destin. Même son acte de « bravoure » final ne lui appartient pas totalement.

On comprend la démarche du cinéaste, qui tente depuis toujours de dresser un portrait sans fard de son pays et d’en interroger les contradictions et les fautes. Mais force est de reconnaître que dans Dogman, la démonstration se fait au marteau piqueur, sans la moindre once de subtilité ni dans l’écriture aux coutures apparentes (le parallèle entre le chien qui s’humanise au doux contact de Marcello, et de Simoncino qui au contraire se transforme littéralement en bête enragée, par exemple), ni dans la mise en scène, pas vraiment inspirée. Il n’y avait pas besoin de ces innombrables plans sur le visage hébété du personnage pour comprendre qu’il est sans cesse pris en étau entre ses aspirations (mener une vie paisible) et sa réalité (être le souffre-douleur du sous-caïd local). De la même manière, il y a une forme de complaisance insupportable dans les plans insistants sur le visage et le cou de celui qui est en train de mourir étranglé. Difficile de comprendre pourquoi Garrone a choisi d’adopter une forme aussi gratuitement outrée, voire malsaine. Le résultat, malheureusement, ressemble à un pensum ultra-scolaire et plein de ratures.

MpM



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