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Les éternels (Ash is purest white - Jiang hu er nv)

Sélection officielle - Compétition
Chine


LA FEMME BLESSÉE





« La pègre existe partout où il y a des hommes. »

Après le violent et flamboyant Touch of Sin et le romanesque Au-delà des montagnes, Jia Zhangke semble en panne d’inspiration, avec un récit déjà vu mêlant un peu de ces deux précédents films tout en n’apportant rien de vraiment neuf formellement.

Les éternels (titre français du poétique Ash is purest white) est une œuvre bipolaire, qui commence comme un film noir, aux confins du thriller hong kongais, et s’achève sur un mélodrame sec et flottant, dénué de toute émotion.

Le cinéaste continue, en racontant une histoire s’étalant sur 17 ans, à observer cette Chine en mutation, des fermetures de mines de charbon à l’apogée des grandes centrales électriques, des voyages en train du XXe siècle à l’arrivée des trains à grande vitesse. Cette mutation du pays a souvent été bien plus intéressante dans ses documentaires comme dans plusieurs de ses autres fictions. Cela donne le sentiment d’une répétition pour ceux qui connaissent sa filmographie. Mais, surtout, son regard semble moins subversif et critique qu’auparavant, constatant juste l’évolution des choses. L’occidentalisation de la vieille civilisation chinoise est une fois de plus illustrée par des villes qui se métamorphosent, des musiques pop (les Pet Shop Boys sont remplacés par Village People).

Cet effet de redondance ne sera évidemment vécu que par ceux qui suivent le parcours de Jia Zhangke. Pourtant, au-delà de cette impression de bégaiement, le film aurait pu nous emporter. Malheureusement, malgré sa grande qualité cinématographique et une actrice, sa muse Zhao Tao, toujours excellente, le film peine à captiver.

Mafia blues

Si la première partie, dans l’univers de la pègre, est maîtrisée et rythmée, avec quelques séquences fortes, le film s’enlise ensuite dans un espace-temps plus vague, où l’intrigue se dilue pour se focaliser autour de l’histoire d’amour en lambeaux de Qiao et Bin, autrefois rois de la ville et désormais déchus. Le récit se déconstruit alors, entre errance et vacuité des séquences, dialogues creux et dramatisation absente.

L’acharnement romantique de Qiao et la lâcheté de Bin contribuent à déséquilibrer le film, empêchant toute tentative de réconciliation comme de rupture tragique. Certains comportements s’avèrent incohérents, ou mal expliqués. Au point de virer au contresens à certains moment.

Cependant, le film peut compter sur son « héroïne », la vraie patronne, du début à la fin. Le portrait de femme, entre humiliations et amour impossible à oublier, prête à tout pour survivre et protectrice dans l’âme, permet de boucher les trous dans la coque du scénario et de garder le film à flot. Face à l’orgueilleux et ingrat Bin, elle apparaît comme une « mère courage » à la recherche du passé perdu. Jia Zhangke trace ainsi son destin, qui dévie sous l’effet d’une pulsion ou d’une décision, avec autour d’elle des minables et des soumis. Le réalisateur tenait là une belle tragédie au féminin. On regrette alors qu’il n’ait pas cherché à mieux condenser son récit, à dramatiser son histoire, à donner un sens à cet amour qui semble finalement unilatéral.

Ash is purest white paraît ainsi inabouti, comme si le cinéaste s’était piégé lui-même par son style de cinéma, s’obligeant à faire de longues fresques dont l’encadrement n’est pas assez solide pour endurer leur longueur et leur langueur.

vincy



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