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Gräns (Border)

Certain Regard
Suède


LA REVANCHE DES TROLLS





« Quelle salope hideuse ! »

C’est un de ces films ovnis qui font le bonheur des festivals : Gräns (Borders) d’Ali Abbasi a conscience de sa singularité, pour ne pas dire de l’étrangeté de son sujet, et, d’une certaine manière, cherche la provocation. Cet aspect ostentatoire, qui s’ajoute à un scénario parfois confus et souvent outrancier, pénalise l’intention initiale du réalisateur.

Gräns est un film de frontières : entre le bien et le mal, le normal et l’anormal, mais aussi entre les genres, alliant thriller nordique, drame psychologique et délire fantastique.

Avec ses multiples plans rapprochés et images chocs (à ne pas mettre devant tous les yeux), me film veut perturber et il y parvient dès ses premiers plans. L’actrice Eva Melander, méconnaissable, enlaidie à l’excès, incarne une douanière au flair infaillible, réagissant tel un animal sentant sa proie. En communion avec la nature, cette femme-monstre peu avenante ancre le film dans une atmosphère bizarroïde, à la fois troublante et fascinante.

En arrière plan, le scénario sonde les bas-fonds de l’âme humaine, de la pédopornographie qui sert de fil conducteur sous forme d’enquête, au rejet de la différence, thème central du film, en passant par la maltraitance (des enfants comme des êtres différents). Ce regard sur les apparences – la société « normale » qui masque ses horreurs et des êtres physiquement affreux qui peuvent être beaux et bons intérieurement – est constamment défié par le récit. «- Je suis difforme. - Tu es parfaite.» Tout est question de perception.

Cette subtilité psychologique et cette empathie pour les deux « trolls » est contrecarrée par une envie de mettre le spectateur mal à l’aise (insectes avalés, clitoris pénien en érection, bébé martyrisé), qui préfère parfois en rire (jaune) ou détourner le regard.

Gräns ne ménage pas son public. De la scène de cul la plus tordue du 7e art à une fantasmagorie peu reluisante, le film percute par son originalité et sa franchise. En cela c’est irréprochable. Cependant, quand le cinéaste passe les limites, il prend aussi le risque d’aller trop loin et de dénaturer l’authenticité et l’intérêt de son sujet. A trop vouloir choquer, il en devient un peu écœurant (pas au sens québécois du terme, ndla).

Si la mise en scène est efficace (aussi bien dans son aspect frontal que lorsqu’il se veut plus naturaliste), le scénario devient trop barré et brouillon pour nous emporter dans ce cauchemar fantasmagorique. S’intégrer ou vivre reclus, s’accepter ou se venger : les dilemmes sont similaires à tous les films de mutants.

Cette folie aurait sans doute gagné à être moins « monstrueuse ». Mais reconnaissons que l’histoire de cette femme-sauvage ne laisse pas indifférent, ni indemne. C’est là que réside toute la force, brute, du film d’Ali Abbasi.

vincy



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