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Yomeddine

Sélection officielle - Compétition
Egypte


LES "ROIS" DE L’ÉVASION





« Que le monde entier aille se faire foutre ! »

Yomeddine est un film qui « coche toutes les cases » pour accrocher le public : de l’exclusion à la dureté sociale, le film dépeint une Egypte provinciale contemporaine à travers le voyage d’un lépreux (non contagieux) et d’un orphelin (nubien). Sincère et sentimental, ce premier film de Abu Bakr Shawky porte un regard attendri sur les marginaux dans un pays où la solidarité n’est pas forcément innée.

Il s’en dégage une empathie immédiate pour Bashey, abandonné dans une léproserie par son père quand il était enfant, et ce malgré son mauvais caractère, et « Obama », dont les parents sont morts. Le jeune Ahmed Abdelhafuz insuffle une énergie et une émotion qui portent souvent le film dans ses moments les moins aboutis.

Car, outre un récit assez classique sous la forme d’un road-movie, le film souffre de quelques maladresses, comme cette musique omniprésente qui étouffe toute respiration cinématographique ou ces scènes coupées trop tôt dans leur élan qui tue la force dramatique de la séquence.

« Au moins, ça nous a permis de voir le monde. »

Cette aventure, qui rappelle de nombreux films, de Central do Brasil à Hana-bi, entre autres, est ponctuée de mésaventures, d’incidents et rencontres attendues, bonnes ou mauvaises. Le but importe peu. Comme il l’est dit, « c’est le voyage qui compte ». Leur épopée (de la léproserie et de l’orphelinat) sert de prétexte à montrer la scission entre les marginaux et les individualistes d’un pays en crise. Durant cette « route sauvage », où les deux parias s’apprivoisent, le constat se fait toujours plus amer : ils n’ont pas leur place dans cette société. Ce sont des « Freaks » et Bashey clame, comme Elephant Man, un « Je suis un être humain » glaçant qui contraste avec ce que le spectateur ressent.
Malgré sa peau meurtrie par les cicatrices, Bashey apparaît en effet normal. C’est davantage la manière dont il est regardé et traité par les autres qui choque. Malheureusement, Abu Bakr Shawky n’a pas su écrire sa fin. Une première tentative nous fait presque espérer un épilogue elliptique et ouvert. Las, on a le droit finalement aux retrouvailles familiales, au pardon paternel, sorte de happy-end facile et un peu mal ficelé, qui ne tire même pas les larmes.

Le film se fragilise encore plus avec la « morale » de la conclusion : exclus du monde, ils préfèrent rester entre « parias », comme si, pour être heureux, il fallait qu’ils vivent cachés. Et en tout cas incapable d’un vivre ensemble, certes utopique.

Ce final bancal n’aurait pas donné la même impression si cette odyssée avait manqué son objectif originel et s’était trouvée une destination imprévue. Yomeddine s’avère être un joli conte, mais il manque de puissance et d’intensité pour nous emporter réellement.

vincy



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